Pour récupérer rapidement une facture impayée, avancez dans cet ordre : vérifiez que votre créance est exigible, relancez le client dès le premier jour de retard, envoyez une mise en demeure par lettre recommandée, puis obtenez un titre exécutoire si le silence persiste. Avec un dossier propre, un impayé se débloque souvent en 15 à 30 jours au stade amiable, et en 1 à 3 mois lorsqu’il faut passer par une procédure. Voici la méthode complète, étape par étape, avec les délais, les coûts et les textes applicables.
Étape 1 : vérifier que votre créance est solide
Avant toute action, assurez-vous que votre créance est ce que le droit appelle « certaine, liquide et exigible » : elle existe, son montant est déterminé et l’échéance est dépassée. Concrètement, réunissez :
- le devis signé, le bon de commande ou le contrat
- la facture conforme (mentions légales, date d’échéance, pénalités de retard)
- la preuve de livraison ou de réalisation de la prestation (bon de livraison, e-mail de validation, procès-verbal de recette)
- les échanges écrits avec le client, surtout s’ils montrent qu’il n’a jamais contesté la facture
- l’identité exacte du débiteur (dénomination, SIREN, siège social)
Ce dossier est fondamental pour toute la suite. Sans lui, même la meilleure procédure échoue. Si la créance est importante, contestée ou ancienne, faites-la auditer par un avocat spécialisé en recouvrement de créances avant d’engager des frais : la qualification juridique du dossier détermine la voie la plus rapide.
Pensez aussi à chiffrer ce que vous pouvez réclamer en plus du principal. En B2B, vous avez droit aux pénalités de retard prévues par vos CGV, à défaut au taux directeur de la BCE majoré de 10 points, ainsi qu’à une indemnité forfaitaire de 40 € pour frais de recouvrement (articles L441-10 et D441-5 du Code de commerce).
Étape 2 : la relance amiable
La majorité des factures impayées se règlent ici. Beaucoup de retards ne sont pas des refus de payer, mais des oublis, des factures perdues dans un circuit de validation ou des tensions de trésorerie passagères. Une relance structurée suffit souvent.
Un exemple de gestion efficace :
- J+1 à J+3 : relance par e-mail. Ton neutre, facture en pièce jointe, date d’échéance rappelée, demande de date de paiement précise.
- J+8 : appel téléphonique. Identifiez la vraie cause du blocage et le bon interlocuteur (service comptable, pas votre contact commercial). Confirmez l’échange par écrit.
- J+15 : deuxième relance écrite. Vous rappelez les pénalités de retard applicables et vous fixez une date limite.
- J+30 : dernière relance avant mise en demeure. Vous annoncez clairement l’étape suivante.
Illustration : un prestataire IT relance une facture de 8 000 € restée bloquée faute de numéro de bon de commande. Un appel au service comptable, un renvoi de facture avec la référence attendue, et le paiement arrive en 10 jours. Sans cet appel, le dossier serait parti en contentieux pour une raison purement administrative.
Conservez la trace écrite de chaque relance. Ces éléments prouveront plus tard que la créance n’a jamais été contestée, condition clé des procédures rapides.
Étape 3 : la mise en demeure
Si l’amiable n’aboutit pas, la mise en demeure marque le passage au recouvrement contentieux. Envoyée en lettre recommandée avec accusé de réception (ou par acte de commissaire de justice pour les enjeux importants), elle fait courir les intérêts moratoires (article 1344 du Code civil) et constitue une pièce indispensable pour le juge.
Elle doit comporter :
- l’identification précise du créancier et du débiteur
- le détail de la créance (numéro de facture, montant, date d’échéance)
- le décompte des pénalités de retard et de l’indemnité forfaitaire
- le mot « mise en demeure » et un délai de paiement impératif (8 à 15 jours en pratique)
- l’annonce des suites judiciaires en cas de silence.
Une mise en demeure rédigée par un avocat produit souvent un effet immédiat : elle signale au débiteur que vous êtes prêt à aller au bout, et que les frais vont augmenter pour lui.
Étape 4 : obtenir un titre exécutoire rapidement
Sans paiement, il vous faut un titre exécutoire, c’est-à-dire le document qui autorise un commissaire de justice à saisir les comptes ou les biens de votre client. Plusieurs voies existent, et le choix conditionne votre délai.
L’injonction de payer
C’est la voie la plus utilisée pour une facture impayée non contestée. Vous déposez une requête auprès du tribunal compétent (tribunal de commerce entre commerçants), sans audience contradictoire, puis vous faites signifier l’ordonnance par commissaire de justice. Le débiteur dispose d’un mois pour former opposition.
Attention, le décret n° 2026-96 du 16 février 2026 a resserré le calendrier pour les ordonnances rendues à compter du 1er septembre 2026 : la signification doit intervenir dans les 3 mois (contre 6 auparavant) sous peine de caducité, le greffe informe le créancier d’une éventuelle opposition, et l’exécution forcée devient possible à l’expiration d’un délai de 2 mois suivant la signification, sans certificat de non-opposition. Traduction opérationnelle : le suivi des délais post-ordonnance doit être rigoureux, sous peine de repartir de zéro.
Le référé-provision
Lorsque la créance n’est pas sérieusement contestable, le référé-provision (articles 835 et 873 du Code de procédure civile) permet d’obtenir une condamnation provisionnelle en quelques semaines. Voie recommandée pour les montants significatifs, quand vous voulez de la vitesse et un juge qui tranche.
La procédure simplifiée des petites créances
Pour les créances contractuelles inférieures à 5 000 €, l’article L125-1 du Code des procédures civiles d’exécution permet à un commissaire de justice de délivrer un titre exécutoire sans juge. Son point faible : elle suppose l’accord du débiteur, et elle est désormais écartée entre commerçants.
La nouvelle procédure des créances commerciales incontestées
La loi n° 2026-307 du 23 avril 2026 crée une procédure déjudiciarisée, sans plafond de montant, pour les créances commerciales incontestées entre commerçants (articles L126-1 et suivants du Code des procédures civiles d’exécution) : commandement de payer par commissaire de justice, délai d’un mois, puis procès-verbal de non-contestation rendu exécutoire par le greffe. Réserve importante : son application concrète dépend d’un décret en Conseil d’État qui doit encore fixer les tarifs et les mentions obligatoires. Vérifiez son état de publication avant de bâtir votre stratégie dessus.
Quelle voie choisir ?
| Situation | Voie recommandée | Délai indicatif |
| Facture non contestée, client professionnel | Injonction de payer | 1 à 3 mois |
| Montant élevé, créance évidente | Référé-provision | 3 à 8 semaines |
| Créance < 5 000 €, client non commerçant | Procédure simplifiée (L125-1) | 1 à 2 mois |
| Contestation réelle sur la prestation | Assignation au fond | 6 à 18 mois |
Étape 5 : faire exécuter et protéger votre créance
Un titre exécutoire ne vaut que par son exécution. Le commissaire de justice peut alors procéder à une saisie-attribution sur les comptes bancaires, une saisie de créances ou une saisie de matériel.
Deux réflexes complémentaires :
- Anticiper la fuite d’actifs. Si vous craignez une organisation d’insolvabilité, une saisie conservatoire peut être autorisée par le juge de l’exécution avant même le jugement.
- Surveiller les procédures collectives. En cas de redressement ou de liquidation de votre client, déclarez votre créance dans les 2 mois suivant la publication au BODACC, faute de quoi elle devient inopposable à la procédure.
Facture impayée : chaque semaine de retard vous coûte cher
Une facture impayée n’est pas seulement une ligne en attente dans votre comptabilité. C’est de la trésorerie immobilisée, du temps de gestion consommé et un risque qui grandit avec le temps. Les retards de paiement sont régulièrement cités parmi les premières causes de défaillance des TPE et des PME françaises.
Deux raisons expliquent qu’il faille agir vite :
- La solvabilité de votre client peut se dégrader. Si une procédure collective s’ouvre, vous passez du statut de créancier à celui de simple déclarant, sans garantie de récupérer quoi que ce soit.
- La créance se prescrit. Entre professionnels, vous disposez de 5 ans (article L110-4 du Code de commerce). Face à un client particulier, ce délai tombe à 2 ans (article L218-2 du Code de la consommation).
À retenir : plus une facture vieillit, moins elle se recouvre. Le bon réflexe, c’est la relance à J+1, pas à J+60.
Si vous avez des paiements de factures en retard, n’hésitez pas à demander conseil et à faire analyser votre dossier par un avocat en recouvrement de créances et engagez la procédure la plus rapide pour votre situation.




